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La Chronique n°17
Vous allez rire. Nous avons fait un rendement de quarante hectolitres de vin par hectare... C'était bien la peine de vous poser le problème du nombre de bourgeons à laisser à la taille sur chaque cep afin d'en obtenir cinquante cinq ! Vous avez du reste été très brillants, j'ai reçu des pages et des pages couvertes de calculs arithmétiques ou algébriques avec la bonne réponse, qui était de 4,5 bourgeons : votre seule hésitation portait sur le mode opéra-toire...Nous l'avions résolu en arrondissant à 5 sur tous les ceps.
Mais voilà ce qui s'est passé. Quand la grappe est formée, chaque fleur occupe la place du futur grain de raisin; le piscil est attaché au pédoncule et entouré des étamines protégées par un capuchon. Au moment de la floraison, le capuchon sèche et s'envole avec le vent... quand il y en a. Cette année, il a plu mais sans un souffle, sans la plus légère brise : une pluie vilaine tout juste bonne à réveiller le mildiou. Les capuchons sont restés collés sur les étamines qui n'ont pas pu faire tomber de pollen sur le pistil pour former les pépins. Et sans pépin, pas de raisin. Enfin, presque. Cela s'appelle "la coulure", plus ou moins importante... et vous pouvez maintenant calculer combien de grappes à l'hectare ont subi cette avanie pour réduire de quinze hectolitres le rendement prévu !
Oh, je vous entends bien : " on n'avait qu'à laisser davantage de bourgeons pour le cas où.." Bien sûr. Mais dans ce cas, si nous avons zéro coulure, il devient nécessaire de couper les raisins en sur-nombre avant la véraison ( changement de couleur des fruits ), c'est très coûteux et ne garantit pas l'absence de grêle. Quel métier magnifique ! On ne maîtrise jamais tout, la nature décide et "le mieux que l'on puisse faire pour la commander, c'est de lui obéir" disait Pierre de Bournazel, un grand vigneron aujourd'hui disparu.
Nous avons donc des raisins qui font chanter les cuves en pleine fer-mentation; la quantité nous fait défaut mais la qualité est là. Ce millésime 2002 à l'Enclos sera entonné pour une large part après un séjour en cuves de six mois, l'autre partie donnant un Bordeaux simple que je n'élèverai pas en barriques pour qu'il soit tout entier marqué par le fruit.
Le Clairet, que vous avez beaucoup aimé cet été, reste en quantité suffisante pour assurer vos livraisons encore pendant trois ans, identique au Bordeaux rouge car pérenne dans sa qualité ( en particulier son fruité ) plusieurs années de suite, contrairement au rosé qu'il vaut mieux consommer dans les deux ans après sa naissance.
Le vin blanc sec 1999, qui a vécu sa fermentation en fût de chêne neuf puis un élevage sur lies de six mois, dispose d'un délai de garde de dix ans, comme le Sainte Foy-Bordeaux rouge. Son léger parfum boisé, bien fondu, mérite 1' attention des amateurs. 11 ne fait pas mal à la tête, n'empêche personne de dormir, parce qu'il contient très peu de soufre. Ce n'est pas toujours le cas des vins blancs. Dans une prochaine chronique, je vous dirai tout à ce sujet.
Nous avons ainsi une palette assez large pour contenter les goûts éclectiques des amis de l'Enclos : en déterminant quels vins sortiront d'un millésime, je pense d'abord à vous !
Le Guide Hachette mentionne tous les ans la Réserve de la Marquise depuis 1995. En 200.3 il la décrit ainsi : "...sa robe est pourpre cerise. Le bouquet évoque les épices, les fruits noirs et une note fleurie. En bouche, c'est un vin franc et bien fruité..."
La même cuvée en 1998 a été décrite par un jury de spécialistes ( meilleurs sommeliers 2002 européens, journalistes, acheteurs) comme"...un vin à la robe rubis de belle intensité. Jeune et attractif avec un nez des plus complexes, fruits noirs et épices dominent au premier nez. La matière est très mûre. En bouche, cela se confirme avec un vin charnu : l'acidité est bien intégrée dans le gras de la matière, les tanins encore marqués sont fins. Un vin complet, sans défaut, séduisant, qui devrait pouvoir évoluer encore 5 à6 ans, voire dix. Bel exemple du potentiel de cette appellation". Il est arrivé 5ème sur 75 dans sa catégorie. La dégustation était faite à l'aveugle, che: Chateauonline dont le site commercial est très actif sur le net.
... Bien sûr que je suis contente ! On voit maintenant se dégager le style des vins de l'Enclos, décrit par les connaisseurs avec des mots identiques...Millésime après millésime. Pour terminer, un secret : dans le succès d'un vin, le mérite se répartit comme suit : 95% de génie du côté du Bon Dieu, et 5% de ( gros ) travail du côté du vigneron.
A bientôt !
Armelle de Pianelli
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